Comités T.I.C. - Informatique
Technoscope CCIFM - Le décryptage numérique de l’écosystème mauricien pour les décideurs
Technoscope CCIFM
Le décryptage numérique de l’écosystème mauricien pour les décideurs
L’Édito
À l’heure où la croissance de Maurice se normalise à 3,2 % en 2025, notre économie entame une mutation profonde où la connectivité physique laisse place à la souveraineté numérique. Pour les décideurs de la CCIFM, cette transition exige d’aller au-delà des infrastructures pour bâtir des modèles d'affaires résilients.
C’est tout le sens de l'évolution de notre Commission, désormais rebaptisée Tech, Innovation et Cybersécurité. À travers ce triptyque, nous décryptons les signaux technologiques, soutenons l'innovation collaborative et érigeons la cybersécurité en priorité absolue de gouvernance. Ce numéro du Technoscope vous propose des clés de lecture stratégiques pour transformer ces mutations en leviers concrets de compétitivité commerciale.
Le chiffre du mois
4,3 %
La part du secteur de l'information et de la communication (TIC) dans la valeur ajoutée brute (GVA) globale de Maurice en 2025.
Ce chiffre rappelle que les services numériques agissent comme un amortisseur économique indispensable au pays face au ralentissement de secteurs traditionnels comme la construction.
Data Insight
Malgré une croissance nationale modérée, le secteur TIC mauricien explose (+6,0 %), évoluant vers un pôle d'ingénierie Cloud, FinTech, IA. Obstacle: déficit de compétences.
Ce que disent les données:
- Croissance remarquable du secteur TIC mauricien :
- Le secteur de l'information et de la communication a affiché une croissance de 5,3 % au T3 2025, s'accélérant à 6,0 % au T4.
- Cette performance contraste avec le ralentissement de la croissance économique nationale (3,2 % en 2025) et du secteur de la construction (1,0 % en fin d’année).
- Mutation vers un pôle d'ingénierie sophistiqué :
- L'île a réussi sa première phase de transformation numérique, passant d'un modèle basé sur l'externalisation d'appels à faible coût à un pôle d'ingénierie.
- L'industrie compte plus de 975 entreprises et 34 500 professionnels.
- La concentration est désormais sur des technologies à forte valeur ajoutée : cloud, FinTech et intelligence artificielle.
- La numérisation est bien ancrée, 56 % des entreprises mauriciennes recevant leurs commandes en ligne.
- Défi majeur des compétences :
- La transition rapide vers une économie de la connaissance exerce une forte pression sur le capital humain.
- Le manque structurel de compétences locales spécialisées est identifié comme le principal frein à l'expansion des entreprises technologiques membres de la CCIFM.
Signal faible
R&D privée : un arbitrage de court terme à surveiller
Selon le tableau de bord du Global Innovation Tracker de l’OMPI (2025), les investissements en Recherche et Développement (R&D) des entreprises mauriciennes ont enregistré un repli à court terme de -18,8 %.
Ce recul ne traduit pas nécessairement un désintérêt global pour la technologie, mais signale une posture d'arbitrage prudente de la part des décideurs face à la normalisation de la croissance et à l'incertitude économique générale. En privilégiant l’optimisation des opérations courantes et la rentabilité immédiate, les organisations courent toutefois le risque de ralentir le développement de solutions exclusives de rupture.
Et pour nos membres?
De notre point de vue, c’est un point de vigilance à moyen terme: afin de consolider le positionnement de hub de Maurice et de monter en gamme sur la chaîne de valeur, la relance progressive de l'investissement R&D, dans des domaines d’application tel que l'IA ou la cybersécurité, sera une clé majeure de différenciation.
Benchmark régional
L'innovation mauricienne face au miroir de l'OMPI : premier de classe, mais défi d'efficacité
Maurice marque des points précieux sur l'échiquier mondial de l'innovation. Selon le rapport de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI), notre île se classe désormais au 53e rang mondial du Global Innovation Index (GII), grimpant de deux places par rapport à l'édition précédente. Cette performance remarquable permet à Maurice de consolider fermement sa première place en Afrique subsaharienne et de se hisser au 6e rang mondial des économies à revenu intermédiaire supérieur. Ce dynamisme s'explique par des atouts
robustes, notamment l'attractivité de son capital-risque, où le pays se classe 5e mondial en nombre d'opérations de Venture Capital par rapport au PIB.
Cependant, derrière ce tableau flatteur se cache un défi structurel de taille que les décideurs doivent appréhender : l'efficacité globale de notre écosystème. L'OMPI souligne en effet que Maurice performe moins bien en termes de résultats concrets d'innovation (outputs, 56e) qu'en intrants d'innovation (inputs, 54e). En clair, bien que l'île investisse de manière significative dans ses infrastructures réglementaires et financières, elle peine encore à convertir pleinement ces ressources en brevets d'invention commerciaux ou en valeur ajoutée industrielle. De plus, la concurrence continentale se renforce avec des pays comme l'Afrique du Sud (61e) ou les Seychelles (75e), qui intègrent l'index avec une forte agressivité économique.
L'enjeu stratégique : Maurice est bien positionnée, mais la concurrence régionale s’intensifie. Pour les membres de la CCIFM, l'enjeu consiste à transformer ce climat d'investissement favorable en "outputs" d'affaires concrets. C'est en stimulant l'innovation ouverte, en encourageant l'expérimentation agile au sein des PME et en multipliant les synergies technologiques locales que nous parviendrons à traduire les investissements de l'écosystème mauricien en gains réels de productivité pour nos entreprises.
Cyber Watch
Plus de 6 000 cyberincidents en 2025 : la sécurité est une affaire de gouvernance
La numérisation à grande vitesse de nos entreprises élargit inévitablement notre surface d'exposition aux risques. En 2025, le CERT-MU a enregistré plus de 6 000 cyberincidents signalés sur le territoire national. Ce volume record montre que la menace cyber s'est complexifiée, notamment avec l'usage frauduleux d'outils d'intelligence artificielle.
L’enjeu dépasse désormais largement le cadre technique des équipes informatiques pour s'inscrire au cœur des conseils d'administration et de la gestion de la continuité d'activité. Lors de la dernière conférence Security First Mauritius 2026, les experts ont rappelé que l’intégration rapide de briques technologiques complexes, telles que les assistants virtuels d’entreprise ou les outils d'aide à la décision, introduit de nouvelles vulnérabilités (fuites de données, détournement de modèles). Pour les dirigeants d'entreprise, la résilience numérique passe désormais par deux actions obligatoires : la formation continue à l'hygiène informatique des collaborateurs, et une évaluation rigoureuse de la sécurité de nos prestataires et sous-traitants.
Inside News
Mettre quelques lignes sur les infos de la CCIFM.
Regards Croisés
Invité : Katia DERACHE – Cyberseia
Quelle est selon vous la principale opportunité tech à Maurice aujourd’hui ?
La principale opportunité tech pour Maurice est de renforcer son positionnement comme hub régional de confiance numérique en collaboration avec l’Afrique et la région de l’océan Indien. Nous avons tout intérêt à développer davantage de synergies avec des écosystèmes complémentaires comme La Réunion, Madagascar et plusieurs pays africains, notamment dans les domaines de la cybersécurité, de la fintech, de l’intelligence artificielle et des services numériques. Des évènements comme Africa Forward, GITEX Africa ou encore le CEO Summit montrent clairement que les collaborations interafricaines et régionales s’accélèrent et que l’innovation se construit désormais à l’échelle des écosystèmes. Maurice possède des atouts importants tels que la stabilité, l'expertise financière, le bilinguisme et l'ouverture internationale qui lui permettent de jouer un rôle de passerelle et de d'accélérateur Tech régional.
Quel est le principal frein à l’innovation dans notre écosystème ?
Le principal frein à l’innovation dans notre écosystème est selon moi le fait que nous travaillons encore trop souvent en silos, et cela à tous les niveaux. Pour accélérer l’innovation, nous devons renforcer les collaborations entre entreprises, startups, institutions, universités et acteurs régionaux, aussi bien à Maurice qu’avec l’Afrique et la région de l’océan Indien. L’écosystème gagnerait à être plus agile, plus collaboratif et davantage orienté expérimentation (en interne et en externe) en encourageant la culture du 'fail fast'. En effet c’est souvent en testant rapidement, en collaborant et en osant sortir des modèles traditionnels que naissent les véritables innovations.
- Que manque-t-il pour faire de Maurice un hub régional incontournable ?
Maurice dispose déjà de nombreux ingrédients importants : des incubateurs, des communautés tech dynamiques, des talents et une vraie volonté d’innover. Le défi d'aujourd’hui est de passer à une nouvelle phase : celle du rayonnement régional.
Pour devenir un hub incontournable, nous devons créer plus de connexions concrètes entre nos écosystèmes locaux et ceux de l’Afrique et de la région de l’océan Indien. Cela passe par davantage de projets communs, de mobilité des talents, de collaborations public-privé et d’investissements dans l’innovation.
Nous devons aussi aider les entrepreneurs à transformer leurs idées en solutions exportables et adaptées aux réalités régionales.
Stay tuned! And spread the word.
Vos dévoués animateurs,
| Patrick MORIN | Frédéric WAEBER | |
| Co-fondateur Esokia | Co-fondateur Holberton School Mauritius |