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Technoscope CCIFM - Le décryptage numérique de l’écosystème mauricien pour les décideurs

L’Édito

Le secteur des technologies de l'information et de la communication (TIC) à Maurice passe un cap décisif. Les derniers indicateurs officiels publiés en juillet 2026 confirment que le numérique n'est plus un secteur d'appoint, mais le véritable moteur de la productivité nationale.
Dans le même temps, le cadre réglementaire et fiscal sous-jacent connaît sa mise à jour la plus ambitieuse de la décennie. L'entrée en vigueur de la Finance Act 2026 réaligne l'appareil fiscal sur les priorités stratégiques du pays : attraction de capital-risque, incitations massives à l'intelligence artificielle, encadrement fiscal des flux logiciels internationaux et incubation de start-ups.
 

Le chiffre du mois

10,47 MdRs

Les ventes internationales dans le secteur technologique ont enregistré une progression remarquable de 16,9 %, franchissant la barre des 10,47 MdRs. Une telle expansion confirme la maturité croissante des entreprises locales sur le segment des prestations informatiques et des solutions logicielles avancées à l'échelle régionale.
 

Data Insight

Infrastructures matures et soutien fiscal à l'investissement technologique
La solidité du modèle numérique mauricien repose avant tout sur la capacité de ses infrastructures à soutenir une demande en données constante. Le volume individuel de bande passante internationale par habitant a progressé de 10,2 %, portant la capacité globale installée à 389 836 Mbit/s. Cette densité de réseau garantit une stabilité opérationnelle de premier ordre et permet à Maurice d'afficher un score de 84,2 à l'ICT Development Index (IDI) de l'Union Internationale des Télécommunications, consolidant son rang parmi les hubs numériques les plus performants du continent africain. Dans le même temps, la numérisation des échanges commerciaux locaux atteint un seuil historique : selon les dernières études de la CNUCED, 56 % des entreprises mauriciennes reçoivent désormais leurs commandes par des canaux numériques intégrés.
 

Pour consolider ces acquis et inciter les acteurs privés à moderniser leurs outils de production, le gouvernement déploie des leviers budgétaires agressifs dans le cadre de la Finance Act 2026. Le mécanisme de déduction fiscale de 15 %, conçu pour amortir les investissements en capital consacrés à l'acquisition de solutions d'intelligence artificielle, d'équipements de pointe et de brevets, est officiellement maintenu jusqu'au 30 juin 2029. Parallèlement, l'État instaure un régime d'exonération totale d'impôt sur le revenu d'une durée de dix ans (Tax Holiday) ciblant spécifiquement les jeunes pousses innovantes agréées par le Mauritius Research and Innovation Council (MRIC).
 

Cette combinaison entre maturité des réseaux et avantages fiscaux ciblés démontre une volonté politique claire : abaisser le coût de l'innovation pour les entreprises basées à Maurice. Cependant, l'existence d'infrastructures performantes et de crédits d'impôt ne constitue qu'un moyen. Le véritable défi stratégique pour les états-majors réside dans leur capacité à convertir ce cadre favorable en gains de productivité réels, en agilité organisationnelle et en création de solutions logicielles propriétaires exportables sur les marchés émergents.
 

Signal faible 

Reconfiguration du marché du travail, souveraineté logicielle et fiscalité des flux 

Un signal d'alerte émerge sur le marché de l'emploi technologique à Maurice : les effectifs des entreprises de plus de dix salariés baissent de 1,9 % (17 560 professionnels). Loin de marquer un repli, cette évolution s'explique par l'essor de l'automatisation via l'IA et une pénurie d'experts (architectes cloud, ingénieurs de données, spécialistes en cyberdéfense). 

Parallèlement, nous le notions précédemment, le Global Innovation Index de l'OMPI signale un recul de 18,8 % des investissements privés en R&D, créant un vrai paradoxe à Maurice où le besoin est présent. Ce chiffre met en exergue un autre contraste : si Maurice excelle dans la sophistication financière (28e mondial), elle accuse un retard sur la sophistication des entreprises (103e) et la création d'actifs immatériels (97e). Toujours étant, sur le plan des services publics, l'État répond à ce besoin d'efficience en consolidant 34 applications gouvernementales mobiles vers un environnement applicatif unifié baptisé « Korek », regroupant la gestion sanitaire, le permis routier et les données territoriales, illustrant une politique d'assainissement et de centralisation des flux de données publiques. . 

Sur le plan fiscal, la Finance Act 2026 reclasse les revenus de logiciels et licences transfrontalières en revenus de source mauricienne, imposant une retenue à la source (TDS) de 1 % sur les prestations informatiques de plus de 300 000 MUR et de 5 % sur le marketing digital. Enfin, pour combler le déficit d'innovation, le gouvernement lance le programme AI City Scheme et un Golden Visa dès 1 million USD d'investissement pour attirer les talents et capitaux étrangers. 

Et pour nos membres ? 

Pour les dirigeants et membres de la commission TIC de la CCIFM, il convient de passer d'usagers dépendants des technologies étrangères à créateurs de valeur locale. Le renchérissement des logiciels et services importés, lié aux nouvelles retenues à la source (TDS), rend le statu quo coûteux. La stratégie consiste à mobiliser les leviers de la Finance Act 2026, tel que l'abattement fiscal de 15 % sur l'IA et les mesures du MRIC, pour financer la formation et développer votre propriété intellectuelle à Maurice, neutralisant la hausse des coûts tout en valorisant votre entreprise.


Benchmark régional

L'axe Océan Indien : Synergies institutionnelles et intégration par les fonds européens
L’intégration économique du Sud-Ouest de l’océan Indien devient opérationnelle grâce au dispositif FEXTE (soutenu par l'AFD et piloté par EY), associant la CCIFM, la CCI Réunion, la CCI Mayotte, la CCI France Madagascar et le Club Export Réunion. Cette dynamique inter-chambres met la transformation numérique, l'IA et la transition écologique au coeur du développement de chaînes de valeur régionales résilientes.
Ces projets s'appuient sur les financements du programme INTERREG VI Océan Indien (FEDER) pour cofinancer la R&D collaborative, le transfert technologique et la numérisation des filières. La synergie entre les fonds européens de La Réunion et Mayotte, l'agilité financière de Maurice et les compétences d'ingénierie de Madagascar permet de structurer un véritable couloir technologique régional.
Maurice occupe une position stratégique de carrefour, mais doit accélérer face à la concurrence continentale. Pour nos membres, l'objectif est d'aborder la zone comme un marché unifié. En combinant le hub mauricien, le cadre réglementaire européen des territoires français et les capacités de production malgaches, nos entreprises disposent d'un atout clé pour créer des solutions d'ingénierie souveraines destinées à l'Afrique subsaharienne.

Cyber Watch
 

Gouvernance des risques de l’IA générative et souveraineté des infrastructures réseau
L’adoption massive de l’intelligence artificielle générative au sein des organisations modifie profondément la nature de la menace informatique. Lors de la dernière édition de la conférence Security First Mauritius, les experts ont mis en lumière la vulnérabilité croissante des agents virtuels et des moteurs de décision automatisés utilisés dans le secteur financier et les services. Les attaques par injection d’instructions (prompt injection) et les risques de fuite de jeux de données stratégiques via les modèles de langage s’imposent désormais comme des failles critiques. La cybersécurité ne peut plus être reléguée à une simple gestion technique des réseaux, elle devient un pilier incontournable de la gouvernance d’entreprise et de la continuité d’activité.
Cette exigence de sécurité logicielle trouve un écho direct au niveau des infrastructures physiques de télécommunication. Le gouvernement mauricien finalise actuellement les négociations relatives à l’atterrissement d’une troisième liaison optique sous-marine internationale. Ce projet d'infrastructure majeure vise à garantir une redondance réseau totale pour le pays, en complément des systèmes de câbles existants METISS, LION et SAFE. Pour les acteurs du cloud, de la FinTech et des centres de données membres de la CCIFM, cette troisième artère numérique constitue une assurance indispensable contre les risques de coupure accidentelle, garantissant à Maurice son statut de coffre-fort numérique hautement disponible pour la région.
 

Inside News
 

La CCI France Maurice s’engage activement dans la promotion de l’innovation et du développement économique à Maurice.
Nous avons récemment participé à une réunion avec la Mauritius Digital Promotion Agency (MDPA), qui a lancé, en partenariat avec l’Université de Maurice (UoM), les Digital Proficiency Courses (DPC). Prochainement, un Advanced DPC sera proposé, couvrant six modules clés : Intelligence artificielle, Cybersécurité, Marketing digital, Transformation numérique, E-commerce et e-business, Protection des données et droit numérique
Les formations sont ouvertes aux étudiants et aux particuliers, elles favorisent la reconversion ou la montée en compétence.

Nous avons aussi participé à une rencontre à la MCCI, qui rassemblait diverses chambres de commerce étrangères, des clubs d'entrepreneurs et des représentants du monde économique. À cette occasion, une présentation sur le Budget 2026/27 et la Finance Act 2026 a été animée par le Secrétaire général, Dr. Drishtysingh Ramdenee. Cet instant de partage nous a permis d'aborder nos enjeux communs pour envisager des solutions concrètes.
Nous vous relayons le sondage pour évaluer la résilience des entreprises au deuxième trimestre 2026.

Accè au sondage en cliquant ici
A répondre avant le 18 septembre.
 

Et l’enquête nationale sur l’adoption de l’IA en entreprise à Maurice, menée par la MCCI et CAPFOR Mauritius.
Elle vise à mieux comprendre comment les entreprises mauriciennes utilisent l'intelligence artificielle (IA), leur degré de préparation à une adoption plus large de cette technologie, les avantages qu'elles en retirent ainsi que les défis auxquels elles sont confrontées.


Cliquez ici pour répondre au sondage 


Regards Croisés


Invité : Jean-Marc Santucci – OXO
 

1. Quelle est selon vous la principale opportunité tech à Maurice aujourd’hui ? 

→ Si on raisonne sur la dimension business. Les outils sont enfin accessibles sans nécessiter le budget d'une multinationale, beaucoup de sociétés locales tournent encore sur des process manuels. Sky is the limit !
 

2. Quel est le principal frein à l’innovation dans notre écosystème ? 

→ L'écart entre le projet annoncé et le projet réellement utilisé. Beaucoup de choses s'arrêtent au pilote. Derrière, il y a un vrai sujet de compétences. On forme des profils tech, une partie part à l'étranger, et les entreprises qui restent peinent à recruter les gens capables de mener un projet jusqu'au bout. Sans ces profils-là, on continue à acheter des outils qu'on n'utilise qu'à moitié.


3. Quelle est l’actualité tech qui te fait le plus réagir aujourd’hui ?

→ Sans surprise, l'IA générative et les agents autonomes. J'ai l'impression que le discours va beaucoup plus vite que les usages.Ce qui m'intéresse, c'est de voir quelles entreprises passent vraiment du test à la production. Pour l'instant, elles sont moins nombreuses que ce que laissent croire les annonces.

‌Stay tuned! And spread the word.

Vos dévoués animateurs,

 

Patrick MORIN Frédéric WAEBER
Co-fondateur Esokia Co-fondateur Holberton School Mauritius

ENTRETIEN AVEC UN ENTREPRENEUR

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